Conférence Sénat ’97

Compte-rendu de la conférence le 26 octobre 1997 au Sénat

Le 26 octobre 1997 a eu lieu la 2ème conférence organisée par Racines Coréennes, qui s´est déroulée dans les locaux du Palais du Luxembourg. L´année dernière sont intervenus des professionnels de l´adoption, cette année nous avons privilégié le témoignage de parents et d´enfants autour du thème de la recherche des parents biologiques. La conférence présentée par Marie Franville, cofondatrice de l´association, a été suivie d´un cocktail. Selon les foyers, la Corée et les parents biologiques sont plus ou moins évoqués entre parents et enfants. Suivant l´évolution de l´enfant, le rapport à la Corée évolue, et après la crise d´adolescence et l´entrée dans l´âge adulte, le désir de rechercher ses parents d´origine se manifeste parfois. Lorsque le questionnement devient trop fort et qu´il empiète sur la vie présente et le futur, des recherches sont entamées.

Les enfants adoptés : Sont intervenus : Jasmine, 26 ans, adoptée à l´âge de 5 ans et demi avec deux sœurs biologiques ; Amélie, 20 ans, fille unique, arrivée à 1 an ; Claire, 23 ans, arrivée à 18 mois ; Nathalie, adoptée à 3 ans et demi avec sa sœur aînée. Dans certains cas, comme ceux de Jasmine et de Nathalie, la Corée et l´adoption n´ont pas été évoquées dans la famille adoptive. Ce qui ne permet pas à l´enfant de verbaliser son intérêt et ses interrogations sur son histoire « d´avant ». « C´est une partie de moi qui était cachée» (Jasmine). C´est une façon de nier la particularité de l´enfant, et celui-ci ne pouvant l´identifier ne comprend pas le malaise qu´il peut ressentir. L´adopté peut se sentir coupable de se poser des questions sur ses origines, vis-à-vis de ses parents adoptifs, si ceux-ci ne comprennent pas la démarche de leur enfant : « j´ai mis 13 ans à légitimer mon désir » (Nathalie). En effet, la démarche qui consiste à rechercher ses parents biologiques peut se faire parce qu´à un moment l´adopté ressent des difficultés à continuer d´avancer dans la vie sans être au clair sur son passé. « Tant que le problème des racines n´a pas été compris ou accepté, on n´est pas capable d´avancer dans la vie » (Jasmine). « Il faut que je prenne mon problème à la source pour grandir. Sinon je suis bloquée dans toutes les démarches, dans toute ma vie » (Nathalie). Le besoin d´identification physique est également un facteur très important. L´adopté, même s´il se sent entièrement français, ne peut que ressentir sa différence physique. « Je me suis aperçu que je ne pouvais pas me croire ce que je n´étais pas » (Nathalie). Lui qui ne ressemble ni à ses parents adoptifs, ni à la majorité des personnes qui l´entourent cherche à se retrouver à travers les traits de quelqu´un d´autre, il recherche une référence physique. « Ma mère ressemble à une cousine, pour moi je me vois pas de ressemblance physique »(Amélie). « L´adopté a besoin de se retrouver physiquement dans son père et sa mère, c´est-à-dire de se voir et de se dire que j´ai ses yeux, ses cheveux…, les détails comme ça, c´est plus qu´important mais majeur, quand on voit ses parents pour la première fois »(Claire). Bien sûr, lorsqu´on entreprend des recherches, surtout si l´on démarre avec très peu d´indices, l´aboutissement des recherches ont loin d´être assuré. Il est donc raisonnable d´envisager un éventuel échec. Même si les recherches aboutissent, les parents d´origine peuvent refuser de retrouver leur enfant, on ne connaît pas toujours les raisons qui les ont poussés à l´abandon. Mais le refus des parents biologiques peut être une réponse. « Je préférerais avoir un refus qu´avoir toute ma vie des interrogations »(Amélie). Cette démarche, même si elle est parfois nécessaire pour certains n´en reste pas moins douloureuse. C´est pourquoi le rôle des parents adoptifs est très important, l´enfant a besoin de savoir qu´ils seront à ses côtés dans les moments difficiles. « L´enfant a besoin de se sentir entouré, pas de se sentir poussé, mais en tous cas soutenu par son environnement familial »(Claire). Tout au long des recherches, un souci est constant, celui de ne peiner ni les parents adoptifs, ni les parents d´origine dans la vie qu´ils ont pu reconstruire. « Sans vouloir entrer dans sa vie, ni la perturber si elle a refait sa vie et que son mari n´est pas au courant, je veux établir un lien mais pas entrer dans sa vie comme ça »(Amélie). Lorsqu´on lui a demandé si c´était parfois difficile de gérer la relation avec ses quatre parents, Claire, qui a renoué des contacts avec ses parents biologiques, a répondu : « Je ne la gère pas, mais je la vis », en précisant que le problème principal était la barrière de la langue. Les parents adoptants : Sont intervenus Mme Saunier, mère d´Amélie, M. et Mme. Lhuissier, parents de 2 sœurs arrivées à 2 ans et 7 ans, M. Nicolas qui a deux enfants biologiques et deux enfants adoptés, Sookhee, adoptée à 8 ans avec son frère qui en avait 4. Les parents peuvent être surpris par la démarche de leurs enfants, et avoir peur que leur amour soit remis en question. Mais s´ils peuvent être réticents face aux démarches entreprises par leur enfant, c´est aussi par souci de les protéger contre une probable déception qui risque «de les déstabiliser encore plus » (Mme. Saunier). Mais lorsque les parents s´envisagent davantage comme un relais, il est plus facile pour l´enfant de se préparer à la démarche. Dès le départ, les parents peuvent entretenir le lien des enfants avec la Corée. « Quand on reçoit un enfant, on reçoit aussi son histoire » (M. Lhuissier). De cette manière-là, les parents souhaitent eux-mêmes rassurer les parents biologiques sur l´avenir de leurs enfants « la souffrance de parents qui abandonnent leurs enfants méritent d´être atténuée si on peut » (M. Lhuissier). Pour M. Nicolas, la visite chez eux de la maman biologique de Sookhee, elle qui avait reçu toute la famille de M. Nicolas lors de leur voyage en Corée, fut une expérience extraordinaire. « La maman biologique de Sookhee considérait nos enfants [biologiques] peu comme ses propres enfants, elle les a, à son tour, accueillis comme les siens » (M. Nicolas). Mme Lhuissier a également souligné les problèmes que peuvent rencontrer les parents adoptifs. Lorsqu´ils aident leurs enfants dans leur démarche, les parents peuvent être regardés d´un œil soupçonneux par leur entourage. Ils ont donc à affronter l´image négative que peut leur renvoyer leur propre famille. Lorsque les enfants entreprennent des démarches sur leurs parents biologiques, le soutien de leurs parents adoptifs est très important ; c´est la confiance entre enfants et parents qui les aidera à faire face à l´aboutissement des recherches. Si cette conférence avait pour thème la recherche des parents biologiques, cela n´empêche pas que chacun réagit de façon différente. En effet, selon le rapport de Terre des Hommes que M. Duchemin est venu présenter, la plupart des enfants s´intéressent davantage à la culture coréenne qu´à la recherche des parents d´origine. L´émotion des intervenants fut largement partagée dans la salle par tous et la discussion continua lors du cocktail.

Min-Ah MONTARON