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   Marie, 22 ans
   Ae-Ja, 19 ans
   Pascal, 24 ans (Ban Doo-Hwan)


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Témoignage de Marie, 22 ans :
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A la recherche du Matin Calme...


Marie, 22 ans, est arrivée en France à l´âge de 9 ans. Aujourd´hui, elle étudie de coréen à l´INALCO à Paris. Elle est retournée cet été pour la première fois en Corée, et a fait le choix de rechercher sa famille biologique. A l´heure du bilan, elle nous fait part de son expérience.


Retourner en Corée a toujours fait partie de ces souhaits d´enfant que l´on imagine ne pouvoir réaliser que dans un futur très lointain. Mais les choses se sont précipitées grâce à la bourse que m´a accordée l´Université... Je suis donc partie pour perfectionner mon coréen, mais aussi avec le désir secret de retrouver l´endroit où j´avais vécu et d´entamer des recherches pour retrouver ma famille. D´autres enfants adoptés ayant déjà fait la démarche m´avaient mise en garde contre les déceptions. C´est donc avec beaucoup de prudence que je me lançais dans cette aventure...


Un premier contact déroutant

Mon arrivée en Corée fut un choc! Je n´aimais pas Séoul avec son rythme infernal. Dans la rue je trouvais les Coréens parfois brutaux, voire froids. En fait, tout ce qui, lorsque j´étais enfant, me paraissait naturel, comme manger en faisant du bruit, me choquait à présent.

Comme je ne parle pas bien coréen, je n´étais pas toujours bien vue et on me prenait souvent pour une Coréenne émigrée aux Etats-Unis ou pour une Japonaise. Certains, lorsqu´ils comprenaient que j´avais été adoptée, prenaient pitié de moi et parfois même me disaient qu´ils avaient honte de leur pays, comme si la Corée avait vendu ses enfants. En fait, les Coréens se font une idée très négative de l´adoption: un enfant adopté est forcément exploité par sa famille adoptive. Une jeune fille m´a même soutenu que mes parents adoptifs ne pouvaient pas m´aimer autant que mes parents de sang !


La première rencontre avec mon père depuis...

J´avais gardé un souvenir très flou des membres de ma famille coréenne et je m´étais promis de les retrouver pour leur montrer ce que j´étais devenue et pour savoir s´ils allaient bien. Je ne souhaitais pas renouer des liens forts; non, juste les rencontrer une fois ou deux pour supprimer ce point d´interrogation qui demeure toujours lorsqu´on a été abandonné, même si cela n´est pas vécu comme un drame.
Les recherches ont été très rapides, trop même... avec l´aide d´une amie coréenne, en moins de 48 heures, j´ai retrouvé ma famille. J´ai été dépassée par la rapidité des événements, car je m´étais imaginé un long travail de recherche qui m´aurait permis de me préparer avec douceur à la rencontre. Mais une fois que l´on a mis la main dans l´engrenage...il est impossible d´arrêter la machine !

Lorsque la confrontation a eu lieu, je me suis fermée comme un coquillage, je ne voulais pas me laisser gagner par l´émotion. Malgré les neuf années que j´avais vécues avec mon père, je ne l´ai pas reconnu, et j´ai été peinée de voir qu´il ressemblait à tous les Coréens que j´avais croisés dans la rue: j´aurais voulu qu´il soit différent, qu´il me ressemble à moi! La communication a été très difficile, tant du point de vue de la langue que des idées... je fus obligée de constater que nous étions fondamentalement différents: lui était coréen et moi française... Même si je ne m´étais pas fait d´illusion sur cette rencontre, il est bien difficile d´accepter que son propre père soit à ce point étranger! Je commençais un peu à regretter d´avoir fait ces démarches.


Mais au bout du compte un bilan positif !

Aujourd´hui avec le recul, mes regrets se sont dissipés, ne serait-ce parce que je sais que ma famille en Corée va bien, et le soulagement que cela me procure adoucit toutes mes déceptions. Nous sommes restés en très bons termes, et il est prévu que je retourne en Corée l´été prochain, mais je ne vivrai pas dans ma famille car les coutumes sont trop pesantes.

Vis-à-vis de la Corée, le rejet du départ a fait place à la tolérance et à la curiosité. Je compte bien y retourner régulièrement pour approfondir mes connaissances dans la langue et la culture, et plus tard j´aimerais exercer un métier en rapport avec la Corée... Force est de constater que je suis attirée par ce pays et ses habitants!... Mais je me sens plus que jamais française !


Témoignage de Ae-Ja, 19 ans :
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Sur les lieux de mon enfance

 

Ae-Ja, 19 ans, est arrivée en France à l´âge de 8 ans avec sa petite soeur. Chose rare, c´est sa famille coréenne qui l´a retrouvée. Lorsqu´elle est retournée en Corée l´année dernière, elle a redécouvert cette famille qu´elle avait quittée onze auparavant.


Vacances d’hiver 1995.

Me voilà débarquée en Corée, tout simplement pour un retour aux sources !
J´étais sûre que j´y retournerais un jour, car jamais une journée ne passait sans que je ne pense au moins quelques secondes à ma famille « naturelle ». Trop de souvenirs étaient présents, étaient restés gravés en moi... parfois lourds à porter...
Un des phénomènes-déclics qui m´a amenée au pays natal a été ce fameux appel du 18 juin 1994, un appel qui s´adressait à ma soeur et à moi. 18 juin 1994 : un grand jour dans mon histoire. C´est une histoire très longue et très complexe, que moi-même je ne cerne pas encore très bien. Mais tout cela n´est pas important. L´essentiel réside dans la retrouvaille avec ma famille, cette retrouvaille que j´espérais tant !
Cependant dans ma tête, j´avais imaginé que ce serait autrement, que ce serait moi, bien moi, qui ferais les démarches, qui aurais finalement peut-être retrouvé ma famille.
Le fait que cela se soit passé dans le sens inverse m´a fait déborder de joie, a été un véritable cadeau-surprise, un présent qui a illuminé ma vie, presque un rêve. J´avais l´impression de vivre un conte de fée.
Cet acte venant de la propre initiative de ma famille m´a en somme rassurée, si je peux dire. C´était une preuve que elle non plus ne m´avait jamais oubliée.
Après cet appel ont suivi les échanges de photos, les cadeaux... Tout est allé très vite, peut-être même trop vite...

Les premières personnes que j´ai revues étaient ma grande soeur Jeong-Ja et mon grand frère Jae-Jin qui habitent Séoul Comme je ne parle pas coréen, heureusement que Léa et Gina, qui sont devenues de très bonnes amies, étaient présentes.
J´étais heureuse de les revoir, plus particulièrement Jeong-Ja car elle s´était occupée de moi, comme moi je l´ai fait pour ma petite soeur Pun-Ja. Elle était comme une mère, étant donné que nous étions cinq enfants.
C´est Jeong-Ja que j´ai vue le plus, parce qu´à ce moment-là, elle était au chômage, donc j´ai mieux appris à la re-connaître.
Vers la fin de mon petit séjour de deux semaines, j´ai passé deux jours chez mes frère et soeur. Nous étions seuls sans la présence de Léa et de Gina. J´ai eu la sensation de n´avoir jamais été séparée d´eux. Nous nous sommes entendus à merveille. La langue à ce moment-là n´a pas été un obstacle. Nos sentiments passaient à travers un sourire, un regard, un geste...

La deuxième grande rencontre a eu lieu à Kyongju. C´est peut-être aussi la plus importante : ma mère.
Ma mère, je l´ai tout de suite reconnue. Elle n´avait pas du tout changé. Son histoire est révélatrice de la condition féminine, de la société, des coutumes coréennes.
Nous avons échangé nos souvenirs. Elle m´a un peu parlé de mon père, décédé après une longue souffrance lorsque je devais avoir six/sept ans. Il était l´aîné de sept enfants. Mes parents ont fait un mariage d´amour, donc sans le consentement de mes grands-parents. Ma grand-mère paternelle en a ainsi toujours voulu à ma mère de lui avoir volé son fils aîné. Et cette « faute grave », ma mère l´a payée très cher, trop cher.
Elle était étonnée que mes souvenirs remontent aussi loin. Mon premier souvenir est une scène de puits. J´étais bébé et ne savais pas encore marcher. Ma mère puisait de l´eau, après m´avoir attachée sur son dos. Elle s´était penchée, tellement penchée que j´ai eu la « peur de ma vie »...
Elle a ri lorsque je lui racontai l´histoire de mon petit frère Sam-Jin, « trouvé sous un pont ». Elle m´avait dit ceci comme les Occidentaux disent « les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux »...
Tout au long de cette petite entrevue, j´avais face à moi le reflet de ma propre souffrance ; parce qu´en fin de compte, nous avons vécu beaucoup de choses ensemble, notamment, l´« agonie » de mon père.
C´est avec beaucoup de regrets que j´ai quitté ma mère. Etait-ce la dernière fois que je la revoyais ?

Et puis, j´ai repris mon chemin pour rejoindre mon village natal Donghae. Quel contraste entre la « masure » où j´ai vécu après l´incendie de la maison et la ville devenue absolument méconnaissable ! La maison était restée exactement comme dans ma mémoire. Ma grand-mère paternelle y habitait encore. J´ai pu la voir avec un regard d´adulte, avec le visage de souffrance de ma mère. Je l´avoue : elle était une grand-mère formidable. Mais je ne pourrais pas dire cela de son rôle de belle mère. Apprendre la vérité est parfois dur. La vérité a détruit en moi l´image jusqu´alors intact de cette grand-mère.

Ma dernière étape a été Kangnung. C´est là que se trouvait mon orphelinat. D´ailleurs je ne sais pas s´il existe encore. C´est aussi la ville où habite un de mes oncles paternels, le deuxième de la famille, qui s´est donc retrouvé être l´aîné après le décès de mon père.
Sa ressemblance avec mon père était frappante. Peut-être est-ce pour cette raison que j´ai complètement oublié que j´avais habité chez lui et ma tante avec mes quatre cousins ?

A travers chaque situation, j´ai réappris à comprendre la mentalité coréenne, la société.
Ce qui m´a particulièrement marqué, c´est la générosité de ma famille, sa chaleur, sa gentillesse...
Cela a été une expérience inoubliable.
C´est donc avec beaucoup de regrets, de tristesse que j´ai quitté le pays. Une tante, mon cousin, Jae-Jin, Jeong-Ja, Gina et Léa m´accompagnaient à l´aéroport. J´avais la sensation qu´on m´arrachait une deuxième fois à mon pays. La Corée se moquait de moi, mais moi, je tenais, je tiens toujours à elle.
Cet événement a renforcé en moi le projet de réapprendre ma langue maternelle. C´est ce que je fais actuellement. Lorsque je suis arrivée en France, je savais la lire, l´écrire et bien sûr la parler. Mais finalement, aucun souvenir ne revient. Ainsi, je me rends compte que c´est important, que c´est une chance de garder sa langue maternelle. Il m´est difficile d´accepter sa perte. Heureusement que ma motivation est là : apprendre afin de communiquer avec ma famille !

Cependant je tiens à vous signaler l´erreur que j´ai faite. Je suis retournée au pays avec ma mère adoptive. Cela a été difficile pour nous deux, car chacun a son orgueil. Ne m´entendant pas à merveille avec elle, cette situation a encore plus dégradé nos relations. J´étais mûre pour revoir ma famille, mais pas en sa compagnie.


Vos enfants ne sont pas vos enfants :
ils sont les fils et les filles
de l´appel de la vie à elle-même ;
Ils viennent à travers vous, mais non de vous.
et bien qu´ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour,
mais non point vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez tenter d´être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière,
ni ne s´attarde avec hier.
Vous êtes les arcs, par qui vos enfants,
comme des flèches vivantes, sont projetés.
L´arbre voit le but sur le chemin de l´infini,
et il vous tend de sa puissance,
pour que ses flèches puissent voler vite et loin.

Khalil Gibran


Témoignage de Pascal, 24 ans :
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Souvenirs d´orphelinat

Mémoires


Pascal, 24 ans, est arrivé en France à l’âge de 7 ans. Il passé dix-huit mois dans un orphelinat de Séoul. De ses souvenirs lointains, il nous livre quelques tableaux.


« Un avion ! Un avion ! Coucou ! » Tous les enfants étaient penchés à la fenêtre, à regarder en direction de l´avion qui, un jour, les emporterait vers le lointain pays de leurs futurs parents de rêve, et ils faisaient des signes enfiévrés et enjoués dans le vain espoir que cette cigogne mécanique leur réponde. Un boeing passait par le ciel azuré, traînant derrière lui deux longs rubans blancs cotonneux qui laissaient rêveurs tous ces bambins orphelins que nous étions. Oui, pour nous, c´était un signe d´espoir. L´espoir qu´un jour, nous serions dans un foyer chaleureux, choyés et aimés. En un autre lieu vivaient des gens qui étaient prêts à nous adopter.
Les journées étaient longues dans cet orphelinat. Nous vivions tous dans un état semi-léthargique, toujours en attente de ce jour merveilleux où nous serions adoptés. Le temps s´égrenait lentement dans notre sablier de l´impatience. Enfermés entre quatre murs, coupés du monde, dans ce microcosme où l´ennui et la routine étaient notre quotidien...

Nous ne sortions que très rarement dans le monde du dehors. Le dimanche matin était le seul moment où nous pouvions ressentir un petit sentiment de liberté. Tous en rangs bien ordonnés, surveillés par notre maîtresse, nous marchions dans les rues de Séoul, dans lesquelles nos yeux las d´ennui se régalaient de découvrir l´extérieur. Nous allions à l´église pour assister à la messe.
« Tenez les enfants ! Voici une pièce que vous donnerez à la quête » nous disait la maîtresse. Une malheureuse petite pièce. Dix centimes peut-être ? La messe était ennuyeuse, sauf les moments de divertissement comme Astro, le petit robot (Atom en coréen). C´était beau comment les catéchistes nous racontaient Jésus. Le moment de la quête était un jeu, sans que nous comprenions pourquoi. Je donnais ma pièce, j´étais heureux. Heureux de faire comme tout le monde.
Et nous refaisions le chemin inverse bien sagement, tristes de rentrer si tôt à l´orphelinat. Après la messe, nous avions le droit de toucher à tous ces beaux jouets rangés sur les étagères de notre grand séjour. Des petits jouets offerts bien grâcieusement lors de collectes. Petite pensée nostalgique pour toutes ces âmes généreuses qui nous les ont offerts. Nous jouions, heureux d´inventer un peu notre vie que nous projetions dans un futur incertain, mais si proche.

« Fini de jouer, les enfants ! Nous allons manger ! » L´heure du repas était une fête. Lorsqu´une classe était servie, les enfants de celle-ci chantaient « la classe Lilas est servie ! La classe Lilas est servie ! ». Nos maîtresses respectives apportaient de grandes marmites qui contenaient notre délicieux repas. Je n´aimais pas ma maîtresse. Elle nous torturait souvent. C´était cela la différence d´éducation, sûrement. Elle était très sévère avec nous. Je la trouvais méchante. Elle nous faisait très mal lorsqu´elle nous punissait. Des fois pour de toutes petites bêtises de rien du tout. Les récompenses étaient si peu nombreuses par rapport à ses sévères châtiments. « Tiens, prends ça ! Et encore ça ! » Elle nous faisait l´apologie de la douleur comme moyen radical de forger notre caractère. Aujourd´hui, comme je la remercie, mais comme je voulais la tuer en arrivant en France, rien qu´en regardant la photo souvenir de notre orphelinat ! Je lui ai déjà pardonné. Il faut oublier le passé. Du moins toutes les vilaines rancœurs. Cela ne sert à rien d´avoir le cœur aussi gros de douleurs.
Nous mangions goulûment notre pitance, sans oublier la prière avant de commencer. Comme c´était bon de manger. Nous étions tous là à déguster toutes ces saveurs exquises. Nos papilles étaient en fête. Brefs moments de plaisir dans ce quotidien que je trouvais si ennuyeux.

Maman, je pense à toi. Tu me manques. Pourquoi m´as-tu abandonné ? Pourquoi ? Ma pauvre mère ne pouvait subvenir à tous mes besoins, moi qui avais tellement faim de la vie. Je verse une larme pour toi et pour tout ce que tu m´as donné. Non, je ne t´ai pas oubliée. Tu resteras gravée à jamais dans ma mémoire...
Le dimanche après-midi, nous avions parfois la visite de collégiens. Comme ils étaient gentils. Ils jouaient avec nous. Autres moments de plaisirs. Vu comme ils étaient grands, je voulais grandir tout de suite. J´adorais jouer avec eux.
Je n´ai pas pu aller à l´école, malheureusement. J´étais trop jeune. Il est regrettable que personne n´ai pensé à nous instruire. Trop peu de moyens peut-être.

Le jour de la toilette était une corvée, car il fallait se lever de bonne heure. Sortir brutalement de nos rêves pour affronter l´eau. Nous nous mettions tout nus. Sans aucune pudeur ni désir ; nous regardions notre nudité comme quelque chose de banal et de tout fait normal. Notre maîtresse, avec ses yeux d´adulte, ne voyait pas du tout cela du même angle. Elle était en train de laver une de nos copines. On l´admirait ? Elle était jolie dans son innocence. Et nous, tout phallus dehors, nos observions la scène, sentiment mélangé d´admiration et de banalité. La « grande » en colère nous ordonna de nous retourner, en nous traitant d´obsédés.

La télé était pour nous la seule ouverture sur la « réalité ». On regardait Steve Austin, l´homme qui valait trois milliards, Wonder Woman, Super Jamie, Hulk, Goldorak, j´étais amoureux de Candy. Un jour où j´étais d´humeur guillerette, je voulais être Wonder Woman. Je tournais sur moi-même, les bras en croix, pour me transformer. Manque de chance, une copine qui voulait assister à la scène de plus près, reçut une claque magistrale. J´étais Wonder Women. La pauvre, elle eut très mal. Je m´en voulais, je ne connaissais pas ma force. « Dis-moi, tu n´as pas mal ? Dis-le moi. ». La pauvre sanglotait tout ce qu´elle pouvait. Elle n´était pas blessée, mais à cause des rapporteurs, la maîtresse a vite été mise au courant. « Mais tu n´es pas bien ! Regarde ce que tu as fait ! Regarde comme elle a mal ! Maintenant, je suis obligée de vous punir ! » Elle nous fit mettre debout sur un pied, les bras en l´air. « Souffre, souffre ! Mais en silence ! » Et moi je souffrais énormément mais j´avais tellement peur de sa cruauté que je me laissais faire. Je m´efforçais de garder la position. C´était interminable. Ma copine a eu de la chance, elle fut libérée avant moi. Et moi, je devais continuer bien sagement. J´endurais toute cette douleur pour expier ma très grande faute. Quelques interminables heures plus tard, après au moins une bonne moitié de l´après midi, je fus libéré à mon tour. « Ouf ! Enfin ! Eh bien, les amis, ravis de pouvoir jouer à nouveau ! » J´avais la jambe droite tout endolorie. Je boitais d´être resté dans une position asymétrique si longtemps. Mes bras par contre étaient tout légers ; ils voulaient s´envoler. « Mais restez près de moi, mes bras ! » Rien à faire : ils voulaient toujours monter. « Bien, tant pis, qu´ils montent, ça passera... » Cela fait tellement plaisir quand le supplice est fini. « Vivement que je sois adopté ».

Un jour, le directeur de l´orphelinat est venu me voir en m´annonçant une excellente nouvelle. « Il y a un monsieur qui veut t´adopter. C´est un Anglais. Il n´est pas très riche, mais il te veut. Qu´est-ce que tu veux, toi ? N´est-ce pas qu´il ne te plaît pas ? » Et moi, sous son influence, de répondre : « non, je ne veux pas ». C´en était fini de l´Anglais. Tant pis. J´aurais pu avoir une autre langue dans la bouche. Un autre destin, peut-être.


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