Adoption pour tous : psychiatres et associations tirent la sonnette d’alarme

Le point, 24/10/12 : Adoption pour tous : psychiatres et associations tirent la sonnette d’alarme

 

Adoption pour tous : psychiatres et associations tirent la sonnette d’alarme

Le Point.fr – Publié le – Modifié le

Par

Ils craignent que l’enfant ait du mal à combler sa blessure narcissique et que la loi ne vienne gommer les interdits familiaux.

 

Le désir de famille exprimé au travers de l’adoption par des couples d’homosexuels mariés est-il compatible avec « l’intérêt supérieur de l’enfant » protégé par la Convention internationale des droits de l’enfant ? « La responsabilité d’élever l’enfant et d’assurer son développement incombe au premier chef aux parents. […] Ceux-ci doivent être guidés avant tout par l’intérêt supérieur de l’enfant », précise son article 18.

Cette question interpelle les associations de protection de l’enfance. « Les promoteurs du projet se soucient avant tout de la revendication des personnes de même sexe à avoir droit à des enfants, et non pas de l’intérêt des enfants eux-mêmes », déplore la présidente du Collectif pour l’enfance, Béatrice Bourges. Mais en quoi la capacité d’éduquer l’enfant et de lui donner de l’amour dépendrait-elle de l’orientation sexuelle ? « Au-delà de l’amour et de l’éducation, l’autre besoin relationnel de l’enfant est de pouvoir s’ancrer dans une généalogie et dans une vérité de filiation », assure Béatrice Bourges.

« L’enfant est spontanément en mésestime de lui-même »

Un point de vue que partage le pédopsychiatre Christian Flavigny, responsable du département de psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. « Le fait d’envisager cette question sous le prisme de l’éducation ne peut occulter les sentiments profonds de l’enfant et cette blessure narcissique originaire : pourquoi n’ai-je pas mérité d’avoir mon père et ma mère ? Le mécanisme de pensée d’un enfant abandonné est de croire qu’il l’a été parce qu’il était un mauvais enfant. Il est spontanément en mésestime de lui-même. L’adoption par des couples d’hétérosexuels absorbe cette problématique au travers du message : nous t’attendions comme notre enfant. »

Christian Flavigny va encore plus loin dans son argumentaire. « Dans la mesure où l’enfant sait qu’il est né d’un père et d’une mère, cette complétude entre les sexes va le restaurer dans sa blessure narcissique et donner un socle à sa construction psychologique. Or, s’il est adopté par exemple par deux femmes, il se demandera inévitablement : pourquoi n’ai-je pas mérité d’avoir mon père ?, et le fait qu’il n’ait pas mérité la voie royale va remonter à la surface. Or, le projet de loi actuel masque, voire banalise, cet enjeu de fond pour l’enfant. Il fait oublier cette privation essentielle de l’enfant qu’il est issu d’un père et d’une mère et que l’adoption par des célibataires parvient à éviter à l’aide de la figure relais des grands-parents de l’enfant. »

Et de pointer l’autre « effet pernicieux » véhiculé par le projet. « En créant une indifférenciation généralisée des « parents » au nom de l’égalité, on risque de brouiller non seulement les repères de l’enfant sur ses origines, mais aussi les mécanismes régulateurs de la famille, la différence des sexes jouant un rôle fondamental dans les interdits familiaux (l’inceste notamment). »

« L’adoption doit être un sujet à part entière »

Qu’en pensent les associations d’adoptés ? « Nous nous demandons quelle est la place donnée à l’enfant adopté dans les débats actuels. […] À ce jour, trop peu d’études fiables renseignent sur le devenir des enfants adoptés en France et sur le devenir des enfants élevés dans des familles homosexuelles. […] Nous savons déjà que les adoptions internationales réalisées par des célibataires, des couples âgés, des couples plus fragiles ou plus exaltés sont autant de facteurs de risque », écrivait la présidente de l’association Racines coréennes Hélène Charbonnier dans une lettre ouverte à la garde des Sceaux, le 26 septembre 2012.

Si cette association ne se prononce ni pour ni contre le projet actuel, elle entend néanmoins attirer l’attention des pouvoirs publics sur les besoins des enfants proposés à l’adoption. « Vouloir un enfant à tout prix n’est pas une fin en soi, et aussi légitime soit-il, ce désir d’enfant doit prendre en considération les droits de l’enfant », souligne la psychologue Cécile Février, présidente de la Voix des adoptés et secrétaire générale du Conseil national des adoptés. De quels droits s’agit-il exactement ? La convention de La Haye sur l’adoption internationale évoque le fait de « grandir dans un milieu familial et dans un climat de bonheur, d’amour et de compréhension pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité ».

« L’enfant adopté a une histoire lorsqu’il arrive dans sa famille, il a besoin de savoir d’où il vient, explique Éric Boloré, vice-président de Racines coréennes. Or, pour un adopté qui part à la recherche de sa famille biologique, la terminologie de parents crée une ambiguïté qui ne serait pas rassurante dans le cadre de sa démarche. » Et cette filiation biologique arrachée malgré lui pèse de tout son poids sur la filiation juridique que le lien adoptif va établir avec sa famille d’accueil. D’où l’importance de « faire de la question de l’adoption un sujet à part entière, distinct du mariage », insiste Cécile Février.

L’adoption : pour le symbole ?

La prise en compte de la variable de l’homoparentalité justifie par conséquent, selon les représentants des enfants adoptés, d’encadrer la préparation et l’accompagnement de l’enfant dans sa nouvelle famille. Reste que l’adoption par des couples d’homosexuels, une fois consacrée légalement, s’inscrira dans le contexte hostile de l’adoption internationale. « De moins en moins d’enfants sont proposés à l’adoption et les enfants proposés sont donc de plus en plus âgés, parce que l’adoption internationale arrive en deuxième ou troisième position après l’adoption nationale et la famille élargie », met en avant Cécile Février.

En 2011, environ 2 700 enfants ont été adoptés par des Français, sachant que le nombre de candidats agréés dans l’attente d’un enfant est de l’ordre de 25 000. Mais la situation pourrait empirer. En effet, plusieurs pays refusent déjà de confier leurs enfants à des homosexuels ou à des couples d’homosexuels. Parmi eux figure notamment la Chine qui, outre des critères liés aux ressources du couple d’adoptants, exige que ce dernier soit composé d’un homme et d’une femme mariés. « Si une loi mal formulée ouvre l’adoption aux époux de même sexe, ce pays et sans doute d’autres pourraient réduire le nombre d’enfants placés à l’adoption par des couples français », redoute Éric Boloré.

C’est déjà le cas en Belgique où l’adoption par des couples homosexuels est autorisée depuis 2006. « Tous les pays avec lesquels la Belgique collabore refusent l’adoption par des couples d’homosexuels », indique l’Office belge national pour l’enfance. Reste la France, où seuls 700 enfants par an sont candidats à l’adoption.

Ce contenu a été publié dans Revue de presse. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.